Mercredi 21 septembre, au Quai d’Orsay, les membres de la Fondation France-Israël entendaient parler des relations entre les deux Etats. La demande d’adhésion à l’ONU de Mahmoud Abbas a été l’occasion de lancer un sondage auprès des Français pour évaluer leur opinion sur Israël. Commenté par Nicole Guedj, ancienne ministre, Présidente de la Fondation, le sondage IPSOS réalisé du 12 au 15 septembre a permis de savoir que la majorité des Français juge « bonnes » (59%) les relations entre les deux Etats. 51% des Français estiment que leur pays soutient « comme il faut » Israël contre 35% qui pensent qu’il le fait trop et 14% qu’il ne le « fait pas assez ».

Pierre Weil devant les membres de la Fondation France-Israël

L’intervention de Pierre Weil, journaliste à Radio France et qui fut plus de 10 ans correspondant pour France Inter à Jérusalem, a permis d’entendre le point de vue de la presse israélienne sur la France. Une presse a-t-il souligné en substance qui a souvent eu la dent dure contre nous, preuve qu’Israël est une démocratie, la seule démocratie dans la région.

Yvan Levaï

Yvan Levaï était là, qui fut le directeur de France Inter lorsque j’y étais journaliste. Avec l’énergie qu’on lui connaît, l’éditorialiste a souligné l’inconnu vers lequel nous projette le « printemps arabe ». « Quand tout bouge, le monde arabe bouge, comment se fait-il que la seule démocratie du Proche-Orient ne bouge pas ? Il faudrait piquer les fesses de Netanyahou pour qu’une politique d’ouverture voie le jour »…

(c’était avant la proposition du Premier ministre Israélien faite au Président palestinien de se rencontrer pour « discuter » du processus de paix).

Le journaliste de gauche qu’il a toujours été a proclamé son soutien sans condition à Nicolas Sarkosy pour sa politique envers Israël : le candidat à la présidentielle le plus fiable à ce propos, a-t-il précisé…

Le lendemain, le Président de la République Française a prononcé un discours à l’ONU proposant un calendrier pour parvenir à un accord de paix israélo-paléstinien d’ici un an.

C’est devant l’Assemblée générale des Nations Unies cette semaine que le Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas fera la demande d’adhésion d’un Etat de Palestine. En attendant, le Fatah, parti d’Abbas, appelle à des manifestations pacifiques tandis que le premier ministre israélien Nétanyahou se prépare à se rendre à New York, où siège l’ONU, pour « dire la vérité » sur les négociations avec les Palestiniens.

Vendredi soir, Mahmoud Abbas a indiqué qu’il ne demandera pas seulement aux pays de voter pour un Etat palestinien, mais il leur demandera également de voter les frontières de cet Etat, en se basant sur « les frontières de 1967 ».

Concrètement, cela réduirait la largeur d’Israël au nord de Tel Aviv, à environ 15 km : Tel Aviv, Netanya, Herzliyya. Et cela inclurait Jérusalem Est comme future capitale de leur Etat. Quid des négociations de paix si tel est le cas, sachant que celles-ci préconisaient jusque là que la ville devait rester unifiée ? Quid également d’un rejet à l’ONU qui pourrait susciter un regain de révolte chez les Palestiniens ? Certains comme Fayez Arafat soulignent la pauvreté ambiante des réfugiés de Cisjordanie et relèvent qu’il régnait un état de lassitude semblable lorsque la 2è Intifada a éclaté en 2000. Le véto prévu des Américains au Conseil de sécurité fait souffler un vent de pessimisme. A l’opposé du vent nouveau qu’on espérait lors de l’élection d’Obama.

Ce jeudi 30 juin, le retour émouvant des ex-otages  à la rédaction restera dans nos esprits. Après avoir parlé à tout le monde dans le grand hall de France Télévisions,  Hervé et Stéphane ont été les invités des JT de la mi-journée de France 3 puis France 2. Ensuite, ils sont venus nous rejoindre au sein des rédactions. A leur arrivée dans les bureaux, nous les avons ovationnés pendant plusieurs minutes. Une consoeur a tendu à Hervé une paire de ciseaux pour qu’il coupe le lien qu’elle portait au poignet pendant cette année et demi de captivité. Moment symbolique avant qu’Herve ne parle.

Hervé a répété que rien ne justifie le débat qui a eu lieu lorsqu’ils ont été capturés : “Nous avons accompli notre mission de journalistes et d’hommes libres” a-t-il dit, et aujourd’hui nous sommes heureux d’être de retour.

Au plus près d’eux, je vois leur visage fatigué. La peau très blanche d’Hervé fait ressortir ses yeux d’un bleu intense. Je lui demande à quelle heure il compte rentrer “at home” ce soir, il répond mi-figue, mi-raisin : “Apr-è le JT de France 3, celui de France 2, un restau et une boîte de nuit… Non ! Dès que les JT sont finis… J’ai hâte de renrter chez moi.” Et il me sourit  de toutes ses dents. Stéphane donne le détail de ce qu’il a mangé depuis qu’il a atterri à Villacoublay : “Des protéines, des boissons protéinées…” Il échange quelques mots avec Jean-Jacques Le Garrec, ex-otage à Jolo. Jean-Jacques est très ému. Des réminiscences de moments difficiles et d’euphorie lors du retour à la vie normale.

C’est leur première journée d’hommes libres en France, et le commencement d’une nouvelle vie.

Ces belles journées de juin en Bourgogne ont été l’occasion de retrouver Frère Matthieu Collin à l’Abbaye de la Pierre-Qui-Vire. La promenade dans la forêt du Morvan, si rude l’hiver, est d’une douceur qui invite le promeneur à la rêverie. Au bord des chemins, des fraises des bois à profusion dans un monde onirique que chante si bien la Symphonie Pastorale.

Marie-Pierre Samitier et Frère Matthieu Collin

Matthieu Collin, moine et bibliste a publié chez Desclée de Brouwer en 2008 un livre sur les Psaumes (Comme un murmure de cithare, introduction aux psaumes) dont il rend la forme littéraire et le sens théologique. Les Psaumes occupent une place essentielle dans la foi juive et la prière monastique, laquelle est fidèle aux premiers rites du christianisme. Héritage d’une histoire humaine, celle du peuple élu, les Psaumes  portent la question de la violence et de l’affrontement à Dieu.


Frère Matthieu Collin de l’abbaye de la Pierre-qui-Vire

Ce livre de Matthieu Collin exprime l’aboutissement d’une pensée, celle d’un homme de Dieu habité par la quête de l’authenticité. (voir ici)
- Frère moine, Matthieu, pourquoi t’entêtes-tu dans ce chemin du rapprochement entre judaïsme et christianisme ? Un chemin bien aride quand les deux frères du judaïsme originel se reprochent mille guerres et mille trahisons ? N’est-ce pas ainsi tomber dans une grande solitude ?
- L’homme authentique se retrouve forcément seul. Quand tu es authentique devant Dieu, tu es seul.
- Mais à quoi bon ?
- Parce que je crois que judaïsme et christianisme sont à un tournant de leur relation. A  travers  leurs penseurs tout du moins. Alors peut-être pourra-t-il y avoir réconciliation…
- Mais l’athéisme de la vieille Europe ne rend-il pas la question désuète ?
- Non. Onfray et tous les chantres de l’athéologie ont beau glorifier l’hédonisme… c’est très respectable, cette quête du plaisir, mais à la fin, le gars, il en est où ? Sommes-nous là pour consommer l’amour ou pour le faire grandir ?

Frère Matthieu est un maître et non un professeur. Il est comme les philosophes de l’Antiquité dont l’enseignement n’est pas théorique mais une pratique quotidienne, celle de la vie monastique. Où s’exprime le “courage de la vérité”. 

De l’ascétisme chrétien aux postmodernes tels Deleuze ou Derrida, c’est un même courant philosophique qui a traversé les temps pour dire qu’il n’y aura pas de « monde autre » sans se changer soi-même. C’est ce que Michel Foucault appelle « le courage de la vérité » (qui fut l’objet d’un séminaire), la parrêsia éthique que Foucault lie à la question du rapport entre le dire-vrai et la mort chez Socrate.

Je rappelle la différence que Foucault faisait entre l’homme du dire-vrai c’est-à-dire le parrésiaste, et l’enseignant. Le parrésiaste est l’homme du risque et pour lequel le risque consiste à mettre en jeu sa relation à l’autre. Par son franc-parler, il s’expose sans cesse à la rupture et à la solitude, tel Frère Matthieu Collin. Ce courage de la vérité suppose qu’il y a eu un combat intérieur spirituel vis-à-vis de soi-même.

De l’autre côté, le professeur d’université, l’enseignant universitaire, relie l’héritage d’un savoir sur lequel se fonde la possibilité d’un lien entre les générations. Cette relation de filiation dans l’enseignement n’entraîne aucune rupture et ne nécessite aucun courage.

 Finalement, devant l’église du Monastère de la Pierre-Qui-Vire, une joie sans cesse renouvelée devant la fidélité des frères à leur foi, au souci de soi et à l’amour de l’autre…

 devant l’église de la Pierre-qui-Vire (architecte : Jean Cosse)
Marie-Pierre Samitier et Frère Matthieu Collin

Le prix des lectrices du Figaro Madame a été remis à Nadine Satiat le 11 mai 2011 à l’hôtel Raphaël à Paris. Un joli moment puisque j’ai suivi l’écriture de ce livre monumental pas à pas ces dernières années. Une grande fierté que cette amie très chère ait été ainsi choisie par les lectrices du journal !  Sa biographie de Gertrude Stein retrace la vie extraordianaire de cette femme qui tenait salon rue de Fleurus dans les années 30 ; c’est là que venaient Héminguay et Francis Scott Fitzgerald entre autres…

Un train spécial pour Saumur

Les Journées Nationales du Livre et du Vin ont eu lieu le week-end du 1er mai 2011 avec un train spécialement affrété pour  les auteurs. Joyeuse ambiance sous l’oeil bienveillant du mécène Patrice Monmousseau qui depuis 16 ans se consacre à cet événement qu’il a créé avec quelques frères humains. Parmi les invités cette année, Jean-Louis Debré, Raphaël Enthoven, Bernard Werber…

        Patrice Monmousseau                                        Jean-Louis Debré

Myriam Illouz, psychanalyste, membre du Jury des prix littéraires

Les signatures avaient lieu chez Bouvay-Ladubay à Saumur…

 Nadine Satiat, auteur cette année d’une biographie de Gertrude Stein

 

L’ancien champion de tennis Denis Grozdanovitch, auteur d’un élégant Petit traité de désinvolture et Philippe Lefait, mon confrère de France 2, qui publie un Petit lexique intranquille de la télévision .

Philippe Lefait,  MP Samitier, Nadine Satiat et Denis Grozdanovitch

Csaba Varga          Marie-Pierre Samitier       Gonzague Saint Bris

Mon voisin ayant renversé son verre (vide) sur mes pieds, il a fallu se résoudre à le remarquer alors que j’ignorais sa présence : Gonzague Saint Bris-de-Verre, me semble-t-il ?

Parmi les retrouvailles, Eric Yung fut une belle surprise. Nous travaillâmes ensemble à France Inter au début des années 1990. Lui, l’ancien flic qui enquêta sur les plus grandes affaires des années 80, écrit comme chacun sait des polars inspirés d’histoires vraies. Ce conteur sans pareil sur les ondes sait rendre les signatures passionnantes. Le public a aimé.

                              Eric Yung                       Marie-Pierre Samitier

Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne, en tournée à l’étranger pour convaincre en particulier les Européens de soutenir la reconnaissance officielle l’État de Palestine à l’ONU(en septembre), doit rencontrer Angela Merkel le 5 mai. Une démarche désapprouvée par Israël. La chancelière allemande risque d’objecter les difficultés non encore résolues concernant la question de la colonisation juive en Cisjordanie et à Jérusalem Est.
Actuellement, 110 pays ont reconnu la Palestine en tant qu’État. La France de son côté a laissé entendre ces derniers jours qu’elle envisage cette possibilité « dans l’optique de créer un horizon politique à même de relancer le processus de paix », selon la voix de son ambassadeur à l’ONU Gérard Araud.

La Jordanie  à la croisée des chemins
Tout le monde, à Tel Aviv ou à Jaffa veut  au bout du compte les mêmes choses, écrit Abdallah II dans « La dernière chance » paru chez Odile Jacob. Vivre dans la dignité et la paix, assurer un avenir meilleur à ses enfants. Son épouse Rania est d’origine palestinienne. Si nous n’assistons pas à une avancée positive l’année prochaine, nous risquons de passer à côté de la dernière chance de paix pour cette génération et de connaître dans la région un nouveau cycle de violence, écrit-il.

Collectif pour un État  Palestinien
En France, un collectif trouve un écho pour l‘« Initiative de paix israélienne en faveur de la création d’un État palestinien à côté de celui d’Israël » : Jean-Christophe Attias (EPHE Sorbonne), Jean Daniel, François Gèse, Stéphane Hessel, Edgar Morin, Pierre Nora…
Au-delà de la crainte d’une troisième Intifada, l’espoir d’une perspective nouvelle permettrait d’envisager un avenir stable à long terme dans la région, un avenir fondé sur le droit international.

Ce voyage en Turquie pour préparer un nouveau livre me laisse perplexe. Loin des sentiers battus par les touristes (Allemands, Espagnols et Français), le quartier de Balat au Nord du centre-ville semble calme, bien que miséreux.

Un quartier ni marqué politiquement ni religieux. Mais on y entend que les islamistes du quartier incitent les femmes à se couvrir pour être pieuses. La population vit au-dessous du seuil de pauvreté, essentiellement rurale et débarquée dans les années 90 du Sud-Est anatolien.

Quartier de Balat à Istanbul, 23 avril 2011

Une réhabilitation du quartier avait été envisagée, soutenue par le Centre du Patrimoine mondial de l’UNESCO après un rapport de 1997. Ce qui frappe, au-delà de l’immobilisme aujourd’hui,c’est l’importance symbolique du lieu.Ce fut le quartier juif d’Istanbul et l’architecture remarquable des immeubles d’habitation, qu’on discerne sous les replâtrages et rafistolages de surface, laisse imaginer la vie agréable qui s’y déroula autrefois. En 1492, les Juifs sépharades chassés d’Espagne s’installèrent là et les rites religieux s’adaptèrent à cette nouvelle population. De ce temps révolu, il reste une petite synagogue (photo) « Ahrida » où vînt prier Sabbataï Tsevi.

Ahrida Synagogue

Que reste-t-il de tout cela ? Presque rien. Une minuscule communauté juive vit dans un autre quartier d’Istanbul, et la synagogue est toujours là. Mais tout a fondu dans un monde où il n’y a guère de place pour des communautés religieuses autres, tels les  Chrétiens arméniens et les Juifs.

Le Bosphore

Patrouille à l’entrée de la Mer Noire

Marie-Pierre Samitier – Didier Long

Toutefois, la Turquie est le seul État musulman qui ait une constitution laïque. Et la volonté politique affichée de conserver cette laïcité comme principe fondamental est louable. Mais la pression des religieux s’accentue et cette année je constate la multiplication des foulards, certes de couleur et agréables à regarder, mais quasi systématiques chez les jeunes femmes. Comment cela va-t-il évoluer ?

Uskudar, rive asiatique

Le modèle turc aurait pu permettre de concilier islam et démocratie. En réalité, le dogme religieux s’infiltre partout. L’indice le plus explicite se manifeste à travers la presse, laquelle est de plus en plus contrôlée. Preuve en est l’incarcération de confrères : Soner Yalcin pour appartenance au réseau Ergenekon (en février). Soupçonnés et arrêtés pour la même raison, deux journalistes Nédim Sener et Ahmet Sik. Cette “détérioration de la liberté de la presse”, comme le note un rapport est le signe d’un éloignement du modèle laïque et démocratique présenté par le pouvoir turc.

Les soulèvements populaires en Égypte et en Syrie ne présagent rien de bon pour Israël. L’Égypte, terre hostile depuis toujours pourrait-elle se doter d’un régime démocratique ? Les milieux aisés du Caire qui l’affirment représentent-ils l’ensemble des Égyptiens sous la coupe des Frères qui occupent le terrain ?

La Tunisie offre cependant un espoir très particulier. La révolution du Jasmin fait fleurir un débat inédit au Maghreb sur la laïcité. Le 3 mars dernier, la date d’élection d’une assemblée constituante a été fixée au 24 juillet au suffrage universel direct. Le débat a lieu en ce moment entre ceux qui souhaitent un État laïque et ceux qui appellent préserver le premier article de la Constitution. L’Article Premier stipule : la Tunisie est un État libre, indépendant et souverain ; sa religion est l’Islam, sa langue l’Arabe et son régime la République. Ainsi le texte constitutionnel est traversé de paradoxes, l’un de ces paradoxes étant la dualité normative du système juridique. La structure État/Islam génère cette dualité du fait même de la hiérarchie des normes (entre la règle positive et les principes religieux). Ainsi, le principe d’égalité des droits et le droit des successions discriminants pour les filles dans le Coran, illustre cette structure binaire, cette construction double puisque les articles 5 et 6 garantissent l’égalité entre citoyens et citoyennes…
La laïcité, question récurrente mais d’actualité, est-elle une condition de la démocratie ?

21 Novembre 2010 :

Une journée à Versailles :

Ce rendez-vous du Livre d’Histoire avait lieu les 20 et 21 novembre 2010 à Versailles ; l’occasion de présenter « AU PIED DU MUR » qui retrace l’histoire du conflit israélo-palestinien. Parmi les auteurs présents, Hélène Carrère d’Encausse, Jean d’Ormesson, Chantal Thomas, Emmanuel Leroy Ladurie, etc…

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